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Haïti, des élites malades de leur culture

La représentation de l'oligarchie haïtienne et sa teneur coloriste
Il n'est pas interdit à qui que ce soit de faire son choix politique. En Haïti, en particulier, où la misère prolifère, il est compréhensible, même quand il est odieux, qu'une frange importante de notre prétendue élite nous assomme de quelques âneries digne des plus basses idioties. C'en est une insulte à l'intelligence qu'un bipède doté de la faculté de penser fasse la promotion de cette fourberie appelée TI MANMAN CHERI. Que Laurent Lamothe répète ses sottises comme quoi c'est un programme social, il a le droit de baigner dans ses bêtises mais que des gens minimalement éduqués singent ce dernier ne fait que prouver l'ambiance de médiocrité qui existe dans ce pays. Ne doit-on pas conclure tout de go que la société civile ne peut être qu’un vain mot en Haïti? Haïti n’est-elle pas purement et simplement une société pré-politique ?

Club de Bourdon, des banquiers influents
Les programmes sociaux n'existent, dans un premier temps, pour pallier les effets néfastes du marché; dans un deuxième temps, ils visent la redistribution de la richesse et finalement le renouvellement des ressources humaines, la stimulation de la production. Quand l'assistance sociale n'a aucune prise sur une vision d'ensemble de la production, donc de la croissance économique, elle ne peut être que du saupoudrage pour la corruption des dirigeants et des élites. Le niveau des élites est à ce point bas qu’elles sont incapables d’esprit critique : les quelque sous qu’elles peuvent tirer sont inversement proportionnels aux pertes à moyen et long terme car la destruction du pays par ces politiques chanpwèl n’augurent rien de radieux pour l’avenir. Si la connaissance sous entend être imbu des possibilités et des probabilités des choix et de leurs conséquentes médiates et immédiates, des élites, qui ont pour rôle de guider sa communauté dans la voie de sa perpétuation, ne sauraient accepter de se détruire elles-mêmes. C’est absolument incohérent : l’instinct de survie n’est-il pas Haïtien, donc humain?. Alors, quand des gens prétendument bien pensants prennent des options contre eux-mêmes, il faut bien conclure que leur pensée ne va pas au-delà de leur nez. Ces lilliputiens ne méritent plus d’orienter nos choix économiques, sociaux et politiques. Mais la question qui est de mise est comment remplacer ces sophistes?

Que stimule le soi-disant programme de TI MANMAN CHERI? S'il peut y avoir un effet direct de ce programme, ce n'est que l'encouragement à la natalité, donc pousser les gens à avoir beaucoup d'enfants et, par voie de conséquence, augmenter la misère. Comme dit le proverbe chinois : il vaut mieux apprendre à quelqu'un de pêcher que de lui donner un poisson. En plus, la production nationale étant sous ses fesses, ceux qui tirent avantages de ses dépenses soi-disant sociales ce ne sont que les producteurs dominicains et leurs laquais haïtiens qui n'en reçoivent que des miettes. Si le gouvernement, pendant ce temps, n'a aucune mesure concrète pour remembrer l'agriculture, ou la production en général, comment ce gaspillage des fonds publics peut-il être soutenu par des gens sensés? N'y a-t-il donc aucune limite à l'absurdité dans ce pays?

Comme disait le grand Anténor Firmin dans son livre M. Roosevelt, président des États-Unis et la République d’Haïti : «Dans tous les pays, dans toutes les races, le progrès ne s’effectue, ne devient tangible que lorsque les couches sociales inférieures qui forment toujours la majorité, tendent à monter en intelligence, en puissance, en dignité et en bien-être. Là où la politique, dite éclairée, ne consiste qu’à perpétuer l’infériorité de ces couches, formant l’assise même de la nation, en exploitant leur ignorance, il n’y a point de progrès possible.» Ce mépris du bien commun par manque de conscience du poids du réel n’est-il pas de l’ignorance tout simplement de notre racaille d’élites? L’État, en terme dynamique, n’est-il pas le lieu de rencontre des intérêts divers, même quand les rapports de classe, qui sont des rapports de production, donc une logique de domination, d’orientation de l’économie, des rapports sociétaux, suivant le mode de production dominant, mais c’est aussi le lieu par excellence de compromis pour la perpétuation de tout entité politique. Ce compromis se manifeste par l’alternative et l’alternance politique au niveau de l’exécutif, du législatif et, dans une certaine mesure, du judiciaire. L’État étant permanent sa gestion, son administration est l’affaire de ressources humaines inamovibles, donc l’administration publique proprement dite, la police et l’armée.

L’orientation à long terme de l’État ne dépend sur l’essentiel du caprice d’un individu; il est en général l’apanage de l’orientation des élites dans l’intérêt général, qui n’est autre que l’intérêt national, une conception qui rejoigne toutes les franges de la société parce qu’elle touche les cordes sensibles, le sentiment d’appartenance, le sanctuaire du développement de tout un chacun dans la quiétude contre l’ennemi réel ou imaginaire en-dedans et au-delà des frontières nationales. Cet accord minimum est le ciment contre les intrus mais aussi un compromis autour des questions vitales, dont la sécurité, l’éducation et la politique économique. On peut constater cela dans les sociétés dites démocratiques où les partis d’opposition qui ont la chance de prendre la direction du gouvernement se conforment bien aux orientations globales de l’État : la contingence de la prise du pouvoir par un parti qui viendrait chambouler tout l’appareillage national est réduite à sa plus simple expression : Aux États-Unis, l’alternance se fait  entre Démocrates et Républicains; au canada, entre Conservateurs et Libéraux; ailleurs, la droite et la gauche en excluant la gauche dite radicale.

Ce détour en apparence à parler de l’État pour mieux comprendre comment le programme de Laurent Lamothe et de Michel Martelly ne peut être que la conséquence de la petitesse absolue de nos pseudo élites. Il n’y a aucune commune mesure, nulle part au monde où la société est organisée, avec les programmes dits sociaux de notre cher Premier ministre, même en Amérique latine. Les références à d’autres pays de ce dernier pour valider son entreprise de corruption ne sont que des subterfuges de personnage loufoque pour nous rouler dans la farine. Dans tous ces pays de l’Amérique latine, ces mesures d’assistance, sont accompagnés de programmes d’intégration au marché du travail comme cela se fait dans la règle de l'art de la logique formelle : elles visent à créer des conditions pour développer l’autonomie, la responsabilité, l’entrepreneurship et, un but non avoué, augmenter la surpopulation relative afin d’exercer une pression à la baisse des salaires.

Les multiples projets de construction dont se vantent Lamothe n’ont pas été l’initiative de son gouvernement. Ce que l’on peut lui reconnaitre, c’est d’avoir continué la politique des gouvernements précédents. Par ailleurs, ces projets ne sont pas des projets intégrés qui peuvent impulser des effets d’entrainement sur d’autres secteurs : les contrats sont exécutés pour l’essentiel par des firmes dominicaines qui engagent très peu de travailleurs haïtiens. L’apport pour la production et la consommation nationales sont quasiment nuls parce que presque tout ce que le pays consomme vient de l’extérieur, en particulier de la république voisine : l’influence macroéconomique et même microéconomique sont négatives pour l’économie; cela affecte la balance des comptes courants et creuse le déficit commercial. On ne peut pas comprendre comment Lamothe peut-il scander sans s’inquiéter ses fadaises sur tous les toits. Pour que cela puisse se produire, c’est qu’il n’y a pas de citoyens, il n’y a que des morts vivants…

Comme il était facile de voir le génie de Lamothe, dès le début de la prise du pouvoir par Martelly, dans l’art de faire de la propagande creuse avec sa fameuse politique de la diplomatie des affaires, comme il est facile de comprendre que ce prévaricateur n’a qu’un but, soit piller jusqu’à la mamelle les dernières ressources du pays. Ses complices sont encore plus démoniaques par le fait qu’ils participent à cette rapine sans souci du moyen ou du long terme. Une telle attitude n’est que de l’imbécilité généralisée. Haïti a vraiment besoin  d’une bonne dose de révolution. Mais cette révolution n’est pas nécessairement par la critique des armes, plutôt par la critique des sophistes, des imbéciles à diplôme : le démasquage systématique de ses nullités. Que des hommes compétents s'insurgent, s’assument et prennent le destin de la nation en charge!

Ernst Jean Poitevien

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