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Crise haitienne : Message du président à la nation

Trompe-l'oeil : la farce


Hier, le président d'Haiti, Michel Martelly a adressé à la nation un message pour remercier les sénateurs de leur décision de ne pas approfondir le conflit en passant l'éponge sur l'acte illégal perpétré par le président par l'arrestation du député Arnel Bélizaire le 27 octobre 2011 à l'aéroport Toussaint Louverture. Il demande du même souffle aux députés de sursoir sur leurs velléités d'approfondir le conflit et de suivre la décision de sagesse adoptée par les honorables sénateurs. Et, finalement, le chef de l'État appelle les deux autres corps du pouvoir (le législatif et le judiciaire) de s'asseoir afin de prendre des dispositions pour qu'une telle situation ne se répète plus. En outre, il a parlé d'une loi sur les finances en lien avec la décentralisation.

La ruse politique


À brule-pourpoint, tout cela semble élégant. Le président fait en termes voilés des excuses et demande à tout le monde d'oublier ce qui s'était passé et repartir sur de nouvelles bases. À y réfléchir un peu plus, sur quelles bases repartir quand il n'y en avait pas? Les plaies béates qui gangrènent tout le corps de l'État est dans sa phase la plus avancée qui soit; la bonne volonté ne suffit plus, il faut adresser les problèmes méthodiquement. L'appel à une conférence nationale ou toutes autres démarches qui abonderaient dans ce sens nous ferait voir qu'il y ait une volonté manifeste de prendre le taureau par les cornes. Aussi, le message du président est bien trop léger après plus de deux semaines que la faute ait été enregistrée; arrivé peu de temps suite à l'arrestation du député saurait été bien. Le président comme une certaine frange du sénat veule bien continuer à fonctionner à l'intérieur de ses institutions en déliquescence, car, sans doute, ils doivent leur épingle du jeu clopin-clopant. Et la nation qui rêvent d'être cousu de solide fil, où est son intérêt?

Le passé est garant de l'avenir


S'abreuvant aux sources du macoutisme, Rony Julot, ancien chantre duvalieriste et la côterie qui vient avec, ne pourrait produire un meilleur message. Un message qui initiera une rupture véritable avec l'amateurisme politique, de gestion, d'administration, et j'en passe. Duvalier n'avait-il  pas déboisé certaines parties du pays pour que les opposants ne s'y prennent refuge. La ruse, la tromperie comme seule arme politique pour assouvir l'intérieur d'une clique est cette même règle que semble poursuivre ce gouvernement. Durant sa campagne, le président disait qu'il symbolisait la rupture. Avec le retour des conceptions duvaliéristes, est-ce la rupture ou la continuité? L'obstination du retour de l'armé et même des Volontaires de la sécurité nationale ci-devant macoutes du président le 18 novembre 2011 qui serait aujourd'hui réalité, sans le véto des puissances étrangères et d'une certaine frange de la population sous l'impulsion du sénateur Moise Jean Charles, qui a observé plusieurs camps d'entrainement un peu partout dans le pays d'une milice appelée rose, est une preuve combien instructive sur le vrai visage du chef de l'État.


Finalement, peut-on faire confiance à la bonne foi du président. Les affaires de la nation, une nation malade, est-ce une affaire de bons sentiments ou une histoire d'application de méthode d'organisation de l'appareil étatique, de renforcement des institutions, de la revitalisation de l'appareil de production, et j'en passe. Qui nous dit que la prochaine fois Michel Martelly ne ferait pas pire et cette fois-là pour notre péril à tous? Les très Honorables sénateurs êtes-vous à la hauteur de la conjoncture comme l'ont été nos vaillants aieux?



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