Passer au contenu principal

Souvenir du séisme du 12 janvier 2010

Le souvenir du séisme du 12 janvier 2010 me revient à l'esprit aussi bien par l'élan de générosité de la planète tout entier que par la surprise que cela a eu comme effet sur moi. Pendant, au moins deux jours, je n'y croyais pas que cela s'est effectivement produit parce que je n'ai jamais vécu un tel événement et, surtout, on nous a jamais parlé de cette possibilité. Les cyclones étaient monnaies courantes, tandis que, dans ma tête, les tremblements de terre s'étaient l'affaire d'autres endroits de la planète. Quelle ignorance!

Aussi, en dépit de la tragédie, on ne peut éluder l'aspect cocasse de cet événement puisque le président d'alors, en l'occurrence René Préval, est resté dans l'ombre pendant quelques bons mois (disons pour la presse nationale). On a eu vent qu'il était vivant de par les médias étrangers. Et pourtant, la station Signal FM, la seule radio que le tremblement a laissé intacte, émettait à Pétion-Ville. Pendant un mois, cette station de radio était le centre du pouvoir. Toutes les demandes de la population arrivaient et passaient par là. Comme le pouvoir étatique dûment constitué, ce centre de pouvoir momentané était à l'image du pouvoir en temps normal : le peuple aboie, la caravane passe.

Toujours laissé à lui-même, ce peuple était davantage délaissé à lui-même. Quand un président disait sur les ondes de CNN:«My palace collapse»; qu'il était lui-même un sans abri, il y a de quoi rire jaune. Il racontait qu'il était en compagnie de son Premier ministre, Jean-Marc Bellerive, aller faire le tour de la capitale pour voir l'ampleur des dégâts. N'est-ce pas le signe le plus éloquent de la faiblesse de l'État? Les institutions sont-elles uniquement les murs qui les constituent ou la cohésion des membres de l'État constitués en ces institutions? Qui sont ceux qui devaient intervenir dans leur champs de compétence aux divers aspects de cette problématique? On avait l'air de faire face à des apprentis sorciers.

La suite des événements nous ont démontré que le président Préval n'était pas un visionnaire, qu'il ne s'est levé à la hauteur du moment. Encore une fois, Haïti a raté un rendez-vous historique tant au niveau du pouvoir de galvaniser toutes les forces vives de la nation que de profiter de cet élan de générosité manifeste de la communauté internationale. Pendant les premiers moments, ce sont des leaders spontanés, dans leur communauté respective, qui ont organisé le sauvetage des individus pris sous les décombres avec les moyens du bord. Des hommes et femmes, pratiquement sans aucun outil, avec leurs mains, et, à l'occasion, avec des outils de fortune, se sont dévoués à porter secours à leur famille et/ou à leurs voisins.

Un autre signe de la petitesse de René Préval, c'est qu'il n'a jamais consulté aucun secteur de la vie nationale. Il ignorait tous les nationaux et se larguaient à corps perdus dans les bras des étrangers. Ce n'est pas un hasard si Bill Clinton préside La CIRH (La Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti). Pendant ce temps, partout dans la diaspora, des expatriés concoctaient des plans de reconstruction auxquels le président ne portaient aucune attention. La preuve est bien évidente, le chef de l'état a préféré s'adresser au président de la République dominicaine, Leonel Fernandez, pour un plan de reconstruction. Ironiquement, celui-ci lui a transmis un plan qui a été élaboré par des haïtiens.

Aujourd'hui, deux ans après, que beaucoup d'argent aient été dépensés sans de résultats palpables. Rien d'étonnant. Ceux qui ont vraiment profité au malheur du peuple, ce sont encore les mêmes secteurs, soit une frange de l'élite haïtienne et la communauté internationale. La prise de position de Ricardo Seitenfus, un expert de l'OEA, sur la désinvolture des décisions prises dans les instances internationales fait montre que Haïti est une vache à lait pour la communauté internationale. Alors, Où va Haïti?

http://haiti-tribune.blogspot.com/2012/01/haiti-deuxieme-anniversaire-du-seisme.html
http://haitirectoverso.blogspot.com/2010/04/la-cirh-decidera-de-lutilisation-de.html

Commentaires

Messages les plus consultés de ce blogue

Les apories contagieuses de la pensée haïtienne

«L’élite haïtienne est comme un voyageur en première classe qui ne se soucie pas de la présence d’une bombe en classe économique». Cette catachrèse de Dany Laferrière m'a interpellé depuis que j'en ai pris connaissance. Elle n'est pas l'unique formule creuse dont on se fait les champions. Il y a bien sûr celle de Louis-Joseph Janvier telle que «Haïti est un singulier petit pays.» Et bien d'autres. Les complaintes, les reproches, les invectives, les attaques de toutes sortes face à cette élite, toutes catégories d'élites confondues, soit par des membres de cette élite ou non ou des étrangers, ne tarissent pas depuis au moins un siècle. En dépit, ou malgré, toutes ces déceptions ou haines, les choses ne s'améliorent pas pour autant. On s'évertue à trouver des procédés rhétoriques les uns plus puissants que les autres pour gagner la palme d'or de la plus belle métaphore. 
Personne ne pourrait contester la beauté de cette citation de Dany. La première …

Grammaire de la pensée philosophique haïtienne (3 de 5)

Dans cette série de cinq articles de la grammaire de la pensée philosophique haïtienne, je reste dans le même registre que les deux précédents articles. Depuis cinq ans, j'ai posé les bases de ma recherche sur les causes de la déchéance d’Haïti dans mon article intitulé Problématique haïtienne. En général, les Haïtiens préfèrent les slogans qui caricaturent la réalité du pays sans faire une analyse anatomique de cette décente abyssale dans les limbes depuis 1804, date du triomphe de l'une des plus grandes révolutions de l'humanité. Je les comprends, car il est difficile de se regarder dans un miroir sans œillères. L'Homme étant ce qu'il est tout changement épistémique le déséquilibre. Et Dieu seul sait combien qu'il adore les certitudes même les plus abêtissantes. Dans le cas de l'Haïtien, il se morfond; il meurt à petit feu que de virer de bord parce que son éducation cognitive le conforte dans des certitudes perpétuelles. Et cependant, l'effort doit ê…

Historique d'un mode de pensée sénile.

L'être humain aime bien se conforter des idées reçues, des lieux communs, bref des recettes toutes faites. Par expérience, je constate souvent si tu décides de changer la façon de faire ou de comprendre, tu as en général plus de 80% des gens qui s'y opposent grosso modo. Le reste, on y trouve des indifférents ou insouciants, qu'on peut estimer à 16%. Et le reste du reste, soit le 4% restant, plus de 3% qui est dans l'expectative. Et enfin, ce qui reste de tous les restes, les esprits dynamiques. Il ne faut surtout pas oublier que toutes ces catégories soient stratifiées, donc elles ne sont pas d'une homogénéité parfaite. Ainsi s'y retrouvent des sous-catégories. C'est donc un constat attesté partout, à la différence, dans les pays où les gens ont reçu une formation dépouillée de religiosité, l'ouverture d'esprit de cette frange les rend plus perméable aux idées nouvelles. L'exemple d'Einstein qui a trouvé un petit noyau de physiciens qui av…