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La démission du Premier ministre haitien Gary Conille

La démission de Gary Conille ne surprend aucun observateur attentif de la scène politique haitienne. Le Premier ministre, dès le début de son entrée en fonction, avait clairement un titre honorifique : infantilisé par le président Michel Martelly qui, lors l'investiture de celui-ci, démandait aux journalistes de le laisser tranquille pour s'occuper de problèmes administratifs, tandis que lui s'occuperait d'interagir avec eux pour leur servir matière à des nouvelles piquantes. Dans deux articles écrits au courant du mois de décembre nous avons relevé un certain nombre d'incongruités entre le rôle politique Gary Conille et celui que lui attribue le chef de l'état. De plus, aucun des ministres ou secrétaires n'a été choisi par le chef de la primature.

Le pouvoir insignifiant du Premier ministre, comme on l'a vu, était évident dès sa nommination. On disait à la blague que celui-ci n'avait même pas le pouvoir d'un caporal. Ces dernieres semaines, avec l'insubordination des ministres qui n'ont pas suivi sa décision d'aller déposer ses documents de voyage devant la commission d'enquête du sénat, il était que l'insubordination de ces derniers étaient un geste de sédition à son encontre, et le chef de cette rébellion n'était nul autre que Michel Martelly. La raison est simple. Le président trouvait, ces derniers jours, que le Gary Conille commençait à se prendre trop au sérieux en lançant un audit sur les contrats signés avec des entreprises de la République par Préval et son Premier ministre Jean Marc Bellerive à la toute fin de leur mandat. Et pourtant ce dernier, comme Préval, est un conseiller influent du président de la République.

Finalement, il faut reconnaitre, même timidement, le chef de la primature, Gary Conille, s'est montré, à quelques occasions, en porte-à-faux à certaines décisions ou positions du chef de l'État, tel que le refus de Sweet Micky de publier la constitution amendée ou sur l'arrestation du député Arnel Bélizaire. Malheureusement, Conille n'a jamais compris que, tardivement, le rôle essentiellement politique de son poste. Dans un autre ordre d'idées, n'était-il pas curieux que le chef de la primature n'a pas assisté aux défilés carnavalesques des Cayes étant donné qu'il est responsable de la gestion et l'administration du pays?

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