vendredi 6 juillet 2012

Les affres de nos ressortissants haïtiens à Saint-Domingue

Depuis belle lurette, la république voisine, avec qui Haïti partage l’ile, n’a jamais raté l’occasion pour moderniser ses appareils de production et, du même coup, se donner les moyens pour prendre le virage de la modernité : le développement d'une industrie sucrière qui va utiliser la main-d’œuvre haïtienne laissée à elle-même; le choix de décision financière judicieuse, telle que le moratoire sur sa dette pendant qu'à  peu près à la même époque le président Dumarsais Éstimé décidait de payer dans sa totalité la dette nationale auprès des Américains. Pendant ce temps, des paysans haïtiens s'en vont de l'autre côté de la frontière travailler dans des conditions infra-humaines. D'un côté, des dirigeants qui pensent le bien-être collectif, de l'autre la satrapie qui pense à s'enrichir personnellement au dépens de la richesse collective : la posture nationaliste, le rappel des hauts faits d'armes des ancêtres n'a été qu'une fameuse formule de surenchère pour vendre le pays aux plus offrants.

De Trujillo, en passant par Balaguer, à Fernandes, la création d'un État moderne a été le leitmotiv de tous ces dirigeants. De Vincent, en passant par Élie Lescot, à Duvalier, remplir ses poches ou garder le pouvoir au dépens de la nation en a été le but premier. Le massacre de 1937 de dizaine de milliers d'Haïtiens sous la dictature de Trujillo en République dominicaine a été timidement condamné par le gouvernement de Vincent. Ce dernier a court-circuité les bons offices de l'organisme étatique régional afin de négocier à rabais le dédommagement de ce massacre. Celui qui le succédait, en l'occurrence Élie Lescot, fut son ambassadeur là-bas.

Les conditions socio-économiques favorables, crées par le développement de la filière sucrière, sous l'obédience de classes dirigeante et dominante éclairées, en particulier durant la dictature de Trujillo, qui se sont attelés à la construction de l'État moderne du pays. À la même époque, les gouvernements qui se sont succédés en Haïti continuaient à mener ce pays comme une colonie de comptoir, en bande de flibustiers ou de mercenaires. Duvalier n'avait qu'un seul et unique but garder le pouvoir pour lui-même et ses acolytes. Il n'est donc pas étonnant que nos paysans se ruèrent là où le pain quotidien était apparemment assuré. Aujourd'hui, ce ne sont plus des paysans qui se ruent de l'autre côté de la frontière : pour l'éducation, les soins hospitaliers, les haïtiens traversent la frontière par millier.

Malgré les risques inhérents à l’émigration clandestine, nos compatriotes en font peu de cas et se ruent par millier pour fuir la misère en quête d’une vie meilleure. En effet, plusieurs d’entre eux sont souvent sans papiers et considérés comme une menace à la souveraineté dominicaine. Ils sont donc systématiquement exploités et maltraités par les barons financiers dominicains. Ajouté aux évènements fâcheux et récurrents qui se soldent toujours par la perte des vies humaines. Sans compter les multiples liquidations extrajudiciaires. Cette manifestation de haine viscérale des dominicains envers nos compatriotes haïtiens date de Trujillo. Cette situation malheureuse est la preuve palpable démontrant que les haïtiens sont laissés à eux même et se livrent dans un combat sans merci pour leur droit d’exister.

Même si les opinions sont partagées sur les récentes décisions de la république voisine de durcir le ton face au flux migratoire des haïtiens en imposant aux ressortissants haïtiens l’octroie de visas d'entrée de l’ambassade dominicaine en Haïti, force est de constater que les Dominicains sont en droit de sauvegarder la souveraineté de leur pays. Toutefois, le droit de nos ressortissants sur le territoire dominicain doivent être observé selon les traités internationaux. Néanmoins, pendant un moment, en l'espace d'un cillement, les Haïtiens ont le droit de s'offusquer, d'être vexés, cependant on doit vite se ressaisir, et se regarder, et se résoudre à donner une nouvelle direction vers la modernité à notre chère Haïti. La défaillance de l'État haïtien a atteint un tel degré de décomposition que tous nos moyens, même moraux, de riposte sont virtuellement anéantis, car notre dépendance de nos voisins est totale : Haïti est le deuxième marché d'exportation, après les États-Unis, pour les produits dominicains. La main-d’œuvre d'origine haïtienne occupe aujourd'hui tous les sphères économiques en République Dominicaine.

Par Denis Jules en collaboration avec Ernst Jean Poitevien

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