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Haïti, le paradoxe entre la volonté et l’intelligence

Les derniers évènements autour du Conseil Supérieur du Pouvoir judiciaire (CSPJ) sont symptomatiques de l'inconscient collectif. La décision du Président de cette institution, fraichement créée, Maitre Arnel Joseph, de surcroit, juge en chef de la cour de Cassation, de choisir les trois membres du Conseil Électoral Permanent (CEP) est pathétique. Faisant fi des règles les plus élémentaires de la procédure administrative, ce juge en chef, chevronné des institutions judiciaires, choisit ces trois membres en l'absence de quorum, de façon arbitraire. Cette façon d'agir est une constante de la mentalité haïtienne. Aucune surprise. Le contraire nous aurait étonné. La levée de bouclier qui s'ensuive n'a pas du tout inquiété ni le président de la République, ni Maitre Arnel Joseph encore moins le parlement, sauf quelques voix, ça et là. La répétition de l'histoire en Haïti à la vie dure : l'invariant de la culture, de la culture politique en dernière instance surdétermine les rapports individuels, sociaux, économiques, et finalement la pratique politique.

Nous vous ferons grâce des faits historiques similaires qui ont jalonné l'histoire depuis l'indépendance en 1804 à nos jours, et même avant cette date. Dans le cas qui nous préoccupe, ce sont les arguties amenées par le président du CSPJ pour justifier le choix des trois membres du CEP : il estime que le fait du départ de quatre membres de la réunion pour décider de ce choix constitue une abstention de ces derniers. Et pourtant, la loi de la création de cette institution est claire : il faut absolument cinq membres pour qu'il y ait quorum, excluant le président, qui joue le rôle de modérateur. Aussi, Maitre Arnel Joseph, fort de plus de trente ans d'expérience comme magistrat, n'aurait pas dû nous servir cette absurdité comme argument. Ce n'est qu'élémentaire, en tout cas en tous lieux, les procédures restent et demeurent. Point barre. A force de mystifier les autres, on finit par se mystifier soi-même; des arguments spécieux est la règle : on est pour la vertu quand cela fait notre affaire, on est contre quand nos intérêts en écopent; le sens de l'intérêt général est très loin de la conception ou de la préoccupation des élites.

En dépit de cette forfaiture, on espérait que les protestations du Barreau, des organisations de droits humains, des partis politiques, des médias écrits et parlés allaient infléchir la décision du président du CSPJ. Profitant de la désolidarisation d'un des membres du groupe contestataire, pour argüer qu'ayant la majorité des membres, que sa décision première est par ce fait même confirmée. La sagesse dicterait de reprendre les procédures, et le dossier sera classé. Pourquoi compliquer les choses quand on peut faire simple? Il va sans dire que l'intention délibérée de nommer des conseillers du CEP en faveur de l'exécutif est évidente. Dans la même foulée, Michel Martelly avalise le choix du CSPJ et décrète la formation d'un CEP de six membres, et fonde son parti politique, le PHTK (Parti haïtien Tèt Kale), allant ainsi à l'encontre de la constitution amendée de 1987. L'installation de ce CEP, ce mardi du 21 aout 2012, est un camouflet à la démocratie. Il n'y a aucun doute que Michel Martelly veut s'accaparer des élections à venir.

Après deux cents ans de répétition des mêmes schèmes de pensée, on est bien en droit de se demander si les élites ne sont pas malades de leur culture? Tout être rationnel devant plusieurs choix devrait discriminer et opter pour la solution la plus logique, quitte à perdre d'une part pour en gagner davantage d'autre part. Dans la mesure où tout être vit sous la dictature de la contrainte : on ne peut avoir le beurre et l'argent du beurre. Aussi, il n'y a pas inadéquation entre l'intérêt général et l'intérêt particulier. Pour paraphraser Adam Smith, quand les deux se rencontrent les avantages que chacun en tirent sont beaucoup importants qu'autrement. Le cout d'opportunité de l’institutionnalisation des appareils étatiques et civils sont moindres que celui de l'anarchie, pour parler économique. Toutes choses étant égales par ailleurs, les gains sont proportionnellement plus importants sur toute la ligne. Où donc se trouve le blocage pour qu'on se perpétue à répéter les mêmes bévues? Est-ce notre système d'éducation ou un mal congénital? Tout être ne vise-t-il pas à se perpétuer? Pourquoi dans le cas d’Haïti, les choses devaient être autrement? Mystère!?...


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