vendredi 3 août 2012

Le mal haïtien : une endémie séculaire

La gravité de la situation d’Haïti ne peut être saisie à travers le prisme du conjoncturel ou de l'évènementiel. Diaboliser le nouveau pouvoir, celui de Martelly-Lamothe comme épiphénomène, c'est rater le bateau dans la compréhension des racines du mal qui gangrène ce pays arrivé à sa métastase; il n'est que la reproduction d'un savoir-faire dans l'art de détruire ce pays. Dans l'inconscient collectif, s'imprègnent les germes de destruction massive de tout un peuple : drôle de bizarrerie. Le suicide collectif est orchestré par des élites qui auraient dû être en mesure de se hisser à la hauteur du drame annoncé. À force de mystifier le bon vieux peuple, les élites se mystifient elles-mêmes; elles finissent par prendre des vessies pour des lanternes. Ce pays est un terroir fertile pour les mercenaires, les flibustiers et pirates de tous acabits. L'histoire de ce pays recèle la quintessence de tout ce qui est aux antipodes de la modernité : la zizanie Noirs/Mulâtres, citadins/campagnards, lettrés/illettrés, la rapinerie des fonds publics, l'absence d'éthique, etc. Où se trouve dans tout ça la cohésion sociale? On aime tous Haïti mais uniquement comme une merveilleuse putain pour assouvir tous nos plus bas instincts.

La naissance de ce pays a commencé par la manifestation de l'émotion que de la raison : l'acte de l'indépendance écrit par Boisrond Tonnerre touche les cordes sensibles de tout un peuple, en premier lieu Dessalines lui-même. En revanche, dans les faits le pillage financier orchestré par ce dernier et ces acolytes est rendu possible avec la bénédiction des Américains, des Anglais, etc. par le biais du commerce. Sa fameuse formule de «plumez la poule tant qu'elle ne crie pas» est la devise de gestion du nouvel État. Plus tard, quand il a voulu mettre en place une réforme agraire à l'emporte-pièce dans le sud, il a vite oublié qu'il était le premier à instituer la rapinerie des fonds publics comme méthode de gestion de l'État. Ce faisant, Dessalines ne pouvait s'attendre à ce que le reste de la population soit des anges. L'autre conception de celui-ci par ce questionnement « Et les pauvres Noirs dont les pères sont en Afrique, ils n'auront donc rien...» montre bien que les ressources du pays est un gâteau que chacun en arrache un morceau. Ce que le père fondateur n'a pas dit c'est que ces pauvres Noirs sont uniquement des généraux de la guerre de l'indépendance; l'empereur défend les intérêts d'un clan pas toutes les peaux d'ébène.

À la mort de Dessalines, assassinés par une coalition aussi bien de Mulâtres, de Noirs que de Blancs, le pays est divisé entre le nord sous l'autorité de Christophe, le sud et l'ouest revenaient à Pétion. La discorde avait atteint son paroxysme entre la volonté apparente de Pétion et ses acolytes de contrôler le pouvoir de Christophe et le refus de ce dernier d'être la marionnette d'une démocratie dont Pétion aurait les commandes. La rapinerie des fonds publics était essentiellement la règle dans la république de Pétion que le royaume de Christophe . Allant plus loin que Dessalines dans la dilapidation des ressources de l'État dans sa formule «voler l'État, ce n'est pas voler». Dessalines avait une certaine retenue car la poule ne devait pas crier, tandis que Pétion acceptait que la poule soit plumée jusqu'aux os. Sous ce dernier l'État s'est effondré car la république ne vivait que de prêts auprès de la finance internationale; les recettes de l'État étaient inexistantes. Quand Bonnet a pris le portefeuille des finances, il n'y avait dans la caisse de la république que treize piastres et trente-sept centimes. Sa volonté de redresser les finances publiques lui a valu l'éviction des affaires publiques car les forces de rapinerie des deniers publiques se sont liguées contre lui. Dieu seul sait que dans ce pays les magouilleurs ont le poids du nombre. Sans se tromper, on peut dire que Christophe ouvre une voie beaucoup plus lumineuse dans la gestion des deniers publics que Dessalines et Pétion. Il suffit de regarder l'ensemble du patrimoine laissé par celui-là pour se faire une juste idée.

Cette pratique de faire de l'État sa vache à lait devient la constante de tous les gouvernements de 1804 à nos jours. Sous le couvert d'un antagonisme Noirisme/Mulatrisme, les élites se sont donnés à cœur joie dans la prévarication : l'absence d'éthique à tous les niveaux de la société en est la pierre angulaire de ce laisser faire, de ce laisser passer; elle traverse toutes les couches sociales. Parmi les voleurs du procès de consolidation, trois d'entre eux sont devenus président : Cincinnatus Leconte, Tancrède Auguste et Vilbrun Guillaume Sam. On ne saurait passer sous silence la dilapidation des fonds public sous les gouvernements de Sténio Vincent, en passant par Dumarsais Estimé et Duvalier, à Martelly. D'ailleurs, l'accusation de corruption du journalisme dominicain Nuria Piera contre Michel Martelly est passée comme une lettre à la poste. Les projets orchestrés par la femme de Martelly n'ont aucun rapport à sa fonction de Première Dame. Pour cela, on ne saurait parler de corruption dans le cas d’Haïti mais plutôt de rapine ou kleptocratie car la corruption sévit partout, à un degré ou à un autre. À la différence des pays du Nord, le fruit de la corruption en Haïti déserte le territoire national pour d'autres cieux. Il est passé dans les mœurs haïtiennes que celui qui rapine est un être hautement intelligent.
À suivre

http://haiti-tribune.blogspot.com/2012/10/le-mal-haitien-une-endemie-seculaire.html
http://haiti-tribune.blogspot.com/2012/08/haiti-le-paradoxe-entre-la-volonte-et.html

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