vendredi 6 septembre 2013

Martelly et Lamothe, deux cabotins dans un pays de corrompus

Je suis loin d'être étonné par la réaction de certains de mes compatriotes qui trouvent excessifs qu'une frange importante de la population soit pour la démission de Sweet Micky. Dans un sens, je les comprends. Oui, parce que le renversement des gouvernements pour un cric ou un crac, sans la poursuite d'un projet sociétal, est depuis longtemps un sport national dont on tire un plaisir démoniaque et mesquin. Par contre, l'argument que Martelly termine absolument son mandat me parait tout aussi excessif. Toutes les dérives démocratiques de Martelly et la gestion tapageuse de son Premier ministre Laurent Lamothe qui auraient dû être des évidences de la tendance autocratique du président et l'incompétence du Premier ministre, ne sont aux yeux de certains un pis aller et même, dans certains cas, une bénédiction divine.

Même quand les fautes de Sweet Micky sont impardonnables, soit par l'arrestation du député Arnel Bélizaire au début de son mandat ou la velléité de corrompre et les insultes proférées au juge, Jean-Serge Joseph, sans compter une multitude d'impairs durant les deux premières années de son mandat. Quant à Lamothe, il a à son actif plus d'actions tapageuses que d'actions cohérentes pour résoudre les multiples problèmes que connait le pays. Deux années de suite, l'ouverture des classes a été reportée; le mensonge autour de la construction de l'aéroport des Cayes; l'absence de maîtrise de dossiers du gouvernement; aucune politique économique, sociale cohérente ne transpire de ses budgets; l'obsession de maquiller, l'un des bidonvilles de Port-au-Prince, Jalousie, en dépit du fait qu'il est traversé par une faille qui ferait beaucoup de victimes dans l'éventualité d'un tremblement de terre.

Ce sont là quelques éléments tangibles qui devraient porter tout être sensé à demander, sans coup férir, la démission de ces apprentis sorciers. Cependant, dans notre pays, quand un gouvernement saupoudre un large secteur des élites, soit par une orgie d'organismes para publics, par la mise sur pied de mesures trompe-l’œil, organise des réunions internationales, et j'en passe, il peut gagner des cœurs sans tête aisément. La rhétorique démagogique plaît davantage plus à l'Haïtien que la sobriété des gestes : construire l'édifice national dans la sérénité aurait attiré peu de réactions laudatives. De cette constatation, on peut conclure que la popularité et la démagogie vont de pair dans la société haïtienne. Les élites tirent la part du lion dans cette valse de dépenses folles, le peuple est dans l'expectative des miettes. Je finis par croire, depuis quelque temps, que nous ne sommes que des «phonéphiles» : l'harmonie des sons, le spectacle visuel est trait caractériel de notre psyché. L'«oraliture» façonne notre conception du monde : Il n'est pas étonnant que les lettrés aiment impressionner par une profusion de citations qui, le plus souvent, se contredisent entr'elles. La confusion conceptuelle, l'absolue duplicité du langage et, par voie de conséquence, l'incompréhension mutuelle dans nos rapports sociaux qui entrainent les perpétuels conflits insolubles.

Les «E» de Martelly, disait Michel Soukar pour le bilan de l'année dernière, étaient vides. Le PSUGO pour le renforcement et l'élargissement de la fréquentation scolaire a des effets pervers quant à la fragilisation de plusieurs écoles et la transmission d'une éducation abêtissante : la formation des Maitres ne va pas de pair avec l'augmentation de la clientèle, peu d'écoles construites, le matériel scolaire inadapté et insuffisant, les subventions aux écoles qui se passent dans la pagaille sont là des preuves irréfutables. L'environnement, proclamé prioritaire cette année pour le gouvernement, n'a connu aucune action notable, si ce n'est la phraséologie «Oun moun oun pye Bwa» (un arbre par personne). Donc, Martelly et Lamothe ont gagné leur lettre de noblesse dans la propagande que Don Kato a trouvé le mot Aloral qui touche les fibres sensibles de l'Haïtien pour traduire la rhétorique futile de ces lilliputiens de la politique haïtienne.

Finalement, l'organisation des élections traine en longueur par diverses tergiversations pour que les joutes électorales soient portées sine die. À chaque déblocage des divergences, Martelly trouve une pierre d'achoppement apparente pour compliquer le dénouement par des embûches récurrentes. La loi électorale qui aurait dû être déposée au parlement depuis deux mois ne l'a été finalement que le 27 aout 2013. Pendant ce temps, la chambre des députés tombera en vacances le 9 septembre, l'organisation d'élection crédible par le CTCEP( que seul Martelly comprenne le sens) aura besoin d'au moins six mois. Et pourtant l'année s'achève dans à peu près 4 mois.  Martelly nous prenne-t-il pour des valises? Sommes-nous plus stupides que Sweet Micky?

Certes, la démission de Martelly doit être planifiée. C'est ma seule inquiétude. Je m'oppose tout aussi comme d'autres au renversement de Sweet Micky sans une alternative valable et concertée. C'est une condition sine qua non au départ de ce pouvoir TètKale ou Kaletèt. Malheureusement, je n'ai pas entendu de la part des opposants des signes de planification de la transition. Je crois que des élites politiques, sociales, économiques doivent travailler en ce sens pour prouver qu'ils sont des leaders responsables. Il faut que les problèmes cessent d'être posé avec les pieds mais plutôt avec la tête...

Ernst Jean Poitevien

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