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L'Homme est-il doué de raison?

Raison ou croyance?

La raison et l'absurdité »Dans la mesure où la raison se confond avec la logique ou l'esprit scientifique, on croit tous, à quelques exceptions près comme un a priori, que c'est une évidence même, que l'être humain est doté de cette qualité. Dans mon cas, je m'inscris en faux contre cette assertion généralement acceptée. C'est plutôt le contraire qui serait la règle et non l'exception. J'ai longtemps observé que l'humain était foncièrement plus superstitieux que tout autre chose. L'émotion règne en maitre et seigneur dans nos sciences, en particulier les sciences sociales. La religiosité de l'être l'emporte sur sa logique. Prenons ces deux penseurs : Wilfredo Pareto a été longtemps méprisé comme d'ailleurs Machiavel qui est passé pour être cruel par le fait d'exposer les rapports de pouvoir sèchement. Pourquoi croyez-vous que le nom de ce dernier est passé à la postérité comme un sans cœur puisque le terme machiavélique qualifie un individu sans scrupule ou perfide? Pareto, lui, a été mis à l'index par le fait même que certains prestigieux intellectuels qui, par une posture scientifique, radotaient tout simplement, les fustigeait sans merci. Pour cela, il a été banni très longtemps de la communauté dite scientifique. Le cas d'Anténor Firmin est tout aussi révélateur de cet ostracisme dont il a été très longtemps objet tant en Haïti que sur le plan international. Ce n'est donc pas un hasard que Gobineau soit plus populaire que lui. Et pourtant l'œuvre de Firmin est de loin supérieur à celle de Gobineau. Par ailleurs, les historiens ne vous font-ils pas rire quand ils expliquent les évènements par les causes a posteriori. Toutes sciences doivent pouvoir expliquer la réalité indépendamment de l'avènement de la chose. On peut facilement relever aussi bien en sociologie, en économie et les sciences en général un certain nombre d'absurdités qui n'ont rien de scientifiques mais que l'on prenne pour des évidences.

L’irrationalité de l'humain est-il surmontable? 


Cette question peut-être considérée aussi dans le domaine de la politique active. Qui croyiez-vous aura la côte des mandants : le politique qui vous vend le ciel ou celui qui vous vend la terre? Par contre, si on considère la raison pure selon Kant, donc l'opposé de la science, mais en droite ligne de la morale, dans ce sens l'Homme est bel et bien doué de raison. Albert Jacquard disait plutôt qu'il était capable de raison. Entendant par là qu'il prenait ses élucubrations pour la Vérité, donc sans fondement scientifique. Si nous étions à ce point doué de raison, dans le sens d'esprit scientifique, nous n'aurions pas à patauger dans la bêtise: qu'elle soit économique, politique, sociale et écologique. Ne détruirions-nous pas dans un avenir pas si lointain, sans aucun souci de l'écosystème, toute possibilité de vie sur terre pour des intérêts cupides, sans tenir compte de l'épuisement des ressources? Qu'est-ce qu'il y a de si rationnelle à produire indécemment des biens en surplus pour la poubelle? Les poubelles simplement des États-Unis sont capable de nourrir le reste de l'humanité pendant tout une année. Où est donc la raison, si raison veut dire logique, évidence? Il faut donc prendre plutôt la notion de raison comme un terme appréciatif, qui n'a qu'une valeur subjective. Dans ce cas-ci, le fou serait-il plus irrationnel que celui qui ne l'est?

Pareto disait que tout postulat qui n'est pas accepté par les parties qui engagent un dialogue devient une discussion oiseuse. Les questions morales sont de l'ordre des préceptes : fais ceci ne fais pas cela. La science n'a qu'à se faire des ordres; elle ne comprend le fonctionnement de la matière et son corolaire que par l'observation, et surtout par la démonstration mathématique. Sinon la physique quantique serait bon qu'à jeter à la poubelle parce qu'elle va à l'encontre, dans bien des cas, de notre logique. Donc, nos sentiments ne doivent prêter le flanc à la compréhension de la réalité. Car, quand on tombe dans une telle démarche, on ne peut plus parler d'une démarche scientifique. On est ailleurs. Si l'esprit scientifique n'est donc pas un attribut de l'être humain, faut-il lui en vouloir? Pas du tout. Il faut le comprendre et le prendre pour ce qu'il est : une espèce du règne animal avec les vicissitudes de sa nature. Quand on a compris cela, on peut se désoler ou se réconforter : donc se réveiller brutalement de ses illusions ou ne plus prendre ses lanternes pour des vessies. On aura atteint la sagesse, donc la compréhension de la réalité dans ses tripes. Ainsi on aura franchi le pas où les hoquets ne deviendront plus des catastrophes. On aura les deux pieds sur terre.

Marx disait quelque part que le gros bon sens n'était pas scientifique car la complexité de la réalité est telle qu'il faut faire abstraction de l'apparence des choses pour saisir la chose en soi. En règle générale, les idées nouvelles ont beaucoup plus l'air saugrenues au tout début. Les termes de l'équation ont souvent une apparence antinomique. La découverte du secret de la théorie de la valeur qui lui a permis d'arriver au concept de la plus-value lui a permis de comprendre l'accroissement du capital par la vente de l'ouvrier de sa force de travail, mesurée en temps de travail socialement nécessaire, d'une part et, d'autre part, le surplus, donc le surtravail, constitue la ponction du capital qui est à la base du profit. Donc, l'ouvrier ne vend pas son travail car le travail c'est l'ensemble des possibilités de l'esprit humain dans l'immédiateté que la médiateté. En conséquence, il est incommensurable. Jared Diamond, dans son livre Effondrement, nous a fait comprendre comment l'agriculture au début n'avait pas la côte auprès des humains. Finalement, avec Niels Bhor et la physique quantique la frontière entre la magie et la science s'amenuise : le passé, le présent et le futur ne sont qu'une seule et même réalité; le don d'ubiquité est dans l'ordre du probable; le voyage dans le temps n'est plus de l'ordre de l'imaginaire. En passant, Hegel avait déjà découvert ce principe de la dialectique, dont Marx en a fait sien dans ses analyses.

Le progrès scientifique a-t-il éliminé la déraison?

En dépit de toutes ces avancées scientifiques, nous ne sommes pas si différents de l'homo sapiens sapiens. L'instinct de survie, l'égocentrisme, le nihilisme passif, les croyances, et j'en passe, sont des survivances qui vont en augmentant. A partir de ces survivances, on peut inférer un certain nombre de comportements qui, à l'heure de la modernité agissante, n'aurait pas dû subsister: la course au profit dans l'intérêt d'un petit nombre au détriment de l'équilibre écologique; la surconsommation d'un côté, la sous-consommation de l'autre; une planète divisée en plusieurs mondes, pour paraphraser le titre d'un livre de Octavio Paz, qui évoluent diamétralement opposés : le monde qui est en dehors de la modernité, celui qui y est de pleins pieds, à l'intérieur ou en dehors des frontières géographiques ou nationales. Et pourtant les conséquences de nos actions sont d'ordre planétaire.


En effet, attendre à ce que toutes les actions humaines soient scientifiques, c'est se fourvoyer dans une expectation chimérique, car ce qui a le plus souvent soulevé des montagnes ce sont les croyances, les rêveries, la religiosité de l'être humain. N'est-ce pas vrai que c'est la ferveur de nos héros de 1804 qui a soulevé le peuple contre la puissance de la France en lieu et place d'un raisonnement scientifique bien ficelé. Si c'en n'était pas le cas, on aurait encore les chaines autour des pieds. Le verdict scientifique déconseillerait tout initiative en ce sens. Science et religiosité; visible et l'invisible; connaissance et ignorance: une question de dosage. Point! Il a fallu l'abnégation de Kennedy pour gagner la course de l'espace face à l'URSS en lançant le programme Apollo et, ensuite, la mise en branle des ressources pour atteindre cet objectif. L'un ne va donc pas sans l'autre. Sans ce rêve, la mobilisation des ressources (humaines et matérielles) n'aurait vu le jour, et Neil Armstrong n'aurait pu dire à l'alunissage de l'Apollo 11 en 1969 : «Un petit pas pour l'homme, un grand pas pour l'humanité.»

Science et magie : incompatibilité ou compatibilité?

N'est-il donc pas chimérique de vouloir à tout prix faire de l'Homme un esprit scientifique, donc le dépouiller de toutes superstitions? J'avoue que ça ne fait pas si longtemps que je croyais que cela était possible. La réalité se moque trop souvent de nos à-priori. Laennec Hurbon, dans une émission de Second regard sur les ondes de Radio-Canada au début des années 90, disait que les superstitions disparaitraient en Haïti quand le niveau d'éducation, particulièrement l'éducation scientifique, aurait prévalu. Ce qui m'avait bien fait tordre de rire car, même dans les sociétés hautement scientifiques, les gens consultent assidument les diseuses de bonne aventure ou les psy qui font office de guérisseurs comme dans les sociétés traditionnelles. On n'a qu'à se rappeler, par ailleurs, la querelle entre la femme de Reagan et celle de Gorbatchev autour d'une question de superstition. Que d'hommes politiques ou d'affaires en occident ne font-ils pas appel à des médiums pour prédire l'avenir?

La magie de la science n'a pas su abattre ce que l'homme a de plus profond en lui, sa religiosité. N'est-il pas vrai que l'une des formes de religiosité primitive chez le genre humain se manifestaient par les phénomènes naturelles dont il ignorait leur compréhension? En même temps, le culte aux morts pour honorer les défunts et préserver leur mémoire, et en faire des démiurges. Il n'est donc pas une créature ex nihilo : le plus brillant de l'espèce humaine par son instruction ne saurait être séparé du règne animal. Sa filiation même est à comprendre avant d'en faire un être d'une classe à part. En ce sens quel qu'il soit son niveau d'éducation, il est assujetti à la subjectivité, à des pensées farfelues. En d'autres termes, il est l'égal de tous les autres êtres de sa catégorie, même le moins intelligent. L'histoire nous enseigne, d'après Fernand Braudel, que les changements de mentalité se situent dans la longue durée : c'est le temps de l'immobilisme.

Je disais plus haut qu'entre science et superstition tout était une question de dosage. J'ajouterai que le dosage doit être plutôt toujours plus de science car la superstition est naturellement humaine. La facilité du raisonnement religieux contraste grandement à la logique scientifique car il suffit de suivre les préceptes ou les dogmes préétablis, tandis que dans le second cas tout est à parfaire : le doute est roi; l'esprit transgresse la frontière de l'inconnu, abat les quiproquos, renverse les lieux communs.

Que doit-on comprendre de la nature humaine?

Dans la mesure où l'être humain préfère mieux la sécurité à la liberté, il ne fait aucun doute que son comportement lui confère un rôle relativement passif. En ce sens, il ne faut pas s'étonner qu'il fait usage très peu de cette gigantesque machine qu'est le cerveau. Ne dit-on pas que le mouvement et la matière sont organiquement indissociables? Alors, que l'esprit humain se conforte généralement bien à l'immobilisme. Tout concourt donc à constituer par sa nature même son talon d'Achille et, du même coup, son incapacité à dépasser son déterminisme originel. Au début de la psychanalyse, Freud reconnaissait que les deux contraintes à abattre dans toute révolution épistémologique, dont « l'une d'elles se heurte à un préjugé intellectuel, l'autre à un préjugé esthético-moral. Ne dédaignons pas trop ces préjugés : ce sont des choses puissantes, des survivances de phases de développement utiles, voire nécessaires, de l'humanité. Ils sont maintenus par des forces affectives, et la lutte contre eux est difficile.»

Dans mes pérégrinations, depuis l'âge de seize ans à essayer de comprendre notre pays et les Hommes qui l'ameublent parce que grandi avec l'idée que Haïti était un grand pays, je n'ai jamais compris pour paraphraser Michel-Rolph Trouillot pourquoi nos élites ont «une posture nationaliste et une attitude dépendante». C'est en lisant Firmin, soit son œuvre majeure De l'égalité des races humaines, et Lettres de Saint-Thomas, que j'ai compris pourquoi on a gardé dans l'ombre son nom assez longtemps, et qu'un livre au titre Écrivains haïtiens de Dantès Bellegarde n'en a pas daigné mentionner son nom. En revanche, le nom de médiocres écrivains sont inscrits en lettres d'or. La prime à la médiocrité est tellement valorisée que j'arrive à la conclusion plus un intellectuel haïtien est populaire plus la probabilité qu'il soit médiocre est grande : On en parle plus de Louis-Joseph Janvier que de Firmin ou d'Édmond Paul, et pourtant des intellectuels phare du XIXe siècle, qu'ils se rivalisaient aisément avec toute l'intelligentsia mondiale. Aujourd'hui, il faut rajouter que plus l'étranger valorise un intellectuel de notre pays plus il faut se méfier de ses vraies qualités: la nomination de Dany Laferrière à l'Académie française nous a fait montre qu'il faut, en même temps d'un côté,  prendre moins au sérieux cette institution, et, de l'autre, rehausser nos critères de qualité dans tous les domaines. Ainsi, nous déciderons nous-mêmes de nos critères de valorisation de nos compétences.

Atteindrions-nous un jour l'âge de la raison?

Finalement, si l'être humain est un paquet d'émotions mues par ses peptides, sauf ceux qui arrivent, rarement -et ils sont minoritaires-, à dominer relativement sa conscience, dans le cas de notre pays, la rareté de cette race en est une perle rare- peuvent oser se dire d'esprits scientifiques. Malheureusement dans la meute humaine ils en sont peu. A des degrés divers, ce sont des gens qui sont ouverts à la critique. Critique au sens philosophique ou kantien bien sûr. Chez nous, le refus de s'ouvrir à la critique est la raison pour laquelle le rêve de l'intellectuel haïtien de la veille devient une vérité métaphysique que l'on veut nous faire avaler de force pour scientifique. N'est-il pas absurde que les Jean Fouchard, les Price Mars et consorts nous fassent avaler des absurdités comme le marronnage et la cérémonie du Bois-Caïman comme le socle de la révolution haïtienne et qu'on récite tout ça comme des Zombis? La résistance de ses explications face à des questionnements rigoureux n'a pas fait long feu.

La faiblesse ou l'absence de la pensée critique haïtienne est à trouver dans cet accord monolithique : nous nous encensons. A cela, je n'en finirais pas de m'amuser quand on parle de l'ignorance du peuple pour avoir «élu» Michel Martelly. Comme j'écrivais dans un billet : que toutes choses étant égales par ailleurs plus le niveau des élites est haut plus celui du peuple suit la même courbe, et l'inverse est aussi vrai. Je voudrais ici mettre les points là il le faut : je fais une distinction nette entre les connaissances déclaratives, procédurales, conditionnelles ou inductives. Faire étalage de connaissances n'est pas pire, mais ce qui importe c'est pouvoir les appliquer ou de créer des révolutions épistémologiques. Le reste ce n'est que du spectacle égoïste. Aussi, quand je parle d'élite, je vois, pour parler sociologie, ceux qui dirigent l'orientation des idées, donc les écrivains, les professeurs d'université(il faut qu'il y ait université pour qu'il y ait des professeurs), les chercheurs, etc. Malheureusement, dans notre pays, les professeurs d'universités, les chercheurs sont des perles rares, et leurs idées s'arrêtent aux dernières découvertes des universités occidentales. Leur paresse intellectuelle est à l'image du pays : cela stagne!

En parlant, en termes généraux, cela ne veut absolument pas dire que nous soyons incapables de produire des esprits créatifs. On en trouvera, ça et là, quelques esprits qui se déferont de la chaine de notre éducation traditionnelle. On a eu l'exemple de Anténor Firmin, de Edmond Paul, de Georges Anglade et bien d'autres. Cependant, ce qui importe, c'est de faire en sorte que cela soit la règle et non l'exception. Donc, seule une éducation qui a pour but d'éduquer le cerveau pour répondre aux problématiques de l'heure est de mise. La crise haïtienne n'est donc pas une crise matérielle mais plutôt intellectuelle. Il est impensable pour des esprits éclairés d'accepter d'être le seul pays du quart monde du continent américain. Il est tout aussi inacceptable qu'un pays qui a produit 1804 soit dans cet état lamentable. Alors, si les élites ne peuvent pas redresser la barque nationale, elles ne sont que des vomissures. Il faut donc appeler un chat par son nom...

Ernst Jean Poitevien

http://haiti-tribune.blogspot.com/2014/05/haiti-des-elites-malades-de-leur-culture.html

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