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Le 12 Janvier 2015: saut dans l’inconnu ou statu quo?

Une crise sans lendemain

Haiti décollée
Prévoir le dénouement de toutes crises, dans n’importe quel pays, est un exercice hypothétique . Dans le cas d’Haïti, c’est purement jouer à la roulette russe. Le hasard joue un rôle prépondérant parce que ce pays est dépourvu d’institutions, l’humeur du chef de l’état conditionnée par celle des États-Unis est la seule mesure de la marche des affaires de l’État. La crise électorale, qui est la manifestation de la crise sociétale, est dans l’impasse depuis au moins la fin de la présidence de René Préval, que Martelly entretient et maintient nette, prouve une chose : le saut vers la modernité fait peur aux élites parce qu’elles sont incapables de mener la barque nationale, car leur courte vue qui est un symptôme de leur intellect confus et confondu. Il suffit de mesurer la production intellectuelle à l’aune de la science pour s’en rendre compte. Des concepts à l’emporte-pièce, depuis les cinquante dernières années, comme le fascisme créole du sous-développement pour qualifier le régime duvalérien ou société semi-féodale pour comprendre l’organisation économique, sociale et politique de l’entité politique qu’est Haïti, sans compter ces dernières années les concepts de société civile, l’État de droit, et j’en passe, font montre la misère de la pensée philosophique haïtienne.

Même le séisme n'a pas changé le comportement des acteurs


palais national d'Haiti effondré
Le 12 janvier 2015 fera cinq ans depuis que l’hécatombe s'est abattu sur Haïti. Le tremblement de terre, puisqu'il faut l’appeler par son nom, nous a prouvé une chose déconcertante, soit l’absence de conscience de nos élites. Cette prise de conscience qu’on s’y attendait naturellement ne s’est pas manifestée. Le saut dans l’inconnu dont le Coordonnateur de l’OPL (Organisation du Peuple en Lutte) Sauveur Pierre Étienne parle jusqu'à en faire un leitmotiv pour ramener les élites à la raison est purement anachronique. Ce saut qui sous-tend le centième anniversaire de l’occupation américaine n’est que simplement tapageur, donc vide de contenu. Il ne faudrait pas être dupe pour comprendre que cette occupation et les dernières présences des forces étrangères sur le sol national, dont la MINUSTAH est la preuve tangible aujourd'hui, fait partie d’une cascade de mises sous tutelle du pays depuis la première moitié du XIXè  siècle. Le colon français a été catapulté hors de nos frontières mais il n’a jamais quitté notre inconscient collectif, à tel enseignement que l’un de nos brillants intellectuels disait que Haïti était la petite France dans la mer des Caraïbes. Alors, le 12 janvier 2014 sera la continuité quelles qu’elles soient les solutions bâtardes qui seront susceptibles de se concrétiser.

Des élites irresponsables

Laurent Lamothe et Pamela WhiteVue dans cette perspective, la crise générale continuera son cours habituel et l’entité infernale qu’est Haïti continuera du même souffle sa propension à sa paradoxale normalité. Il ne faut pas crier aux loups quand nous nous accommodons d’en être leurs proies : la catastrophe n’aura donc pas lieu car nous sommes la catastrophe même. Les consultations entreprises par la présidence ne visent pas à conjurer quoique ce soit si ce n’est comment s’y confondre, s’y camoufle. Bref s'y patauge! Dans une société où il n’y a d’institutions que de noms, donc chacun n’est qu’un électron libre, le président passera la fin de son mandant à consulter tous les citoyens après Dany Valet qui s’est constitué en homme-parti, qui a été faire ses recommandations à la présidence. Et ne riez pas car après les consultations sur le territoire national, le chef de l’état fera le tour de la diaspora pour des consultations individuelles. Préparez-vous les hommes-parti et femmes-parti pour ces consultations ad vitam aeternam, ces palabres nationaux. Alors, voyez-vous, la tragi-comédie ne fait que commencer. Asseyez-vous bien en chaire pour ne pas tomber du haut de vos chaises. En temps de crise, les Américains, qui ont bien des chats à fouetter, aiment bien garder le cavalier qui fait bien son boulot. A moins que le peuple haïtien ne vienne brouiller les pistes par ses réactions imprévisibles.

De toute façon, peu importe ce qui arrivera le 12 janvier, le peuple haïtien sera le seul perdant comme à l’accoutumée : ni cette opposition ni le pouvoir ne peut sortir le pays de ce cycle infernal, car tous les deux lisent dans le même livre au premier degré, comprennent les mêmes choses au même degré, obéissent aux mêmes maîtres. La folie meurtrière dans l’inconscient collectif des élites dicte son entendement, crée cette illusion optique dans un mouvement de miroir déformant tout en influant sur l’agir collectif suicidaire, pure schizophrénie : elles s’autodétruisent et se réjouissent.Dans cette meute de malades mentaux, il faut plaindre les gens lucides qui doivent subir malgré eux le dialogue de sourds, impuissants à faire entendre raison, faute d’un langage qui, continuellement, devient diffus, confus, disparate, mortifère. Puisque les miracles sont de l’ordre onirique, ne faudrait-il pas se convertir en psychanalyste, pénétrer l’absurdité ambiante et y péter la bulle: que de subir la folie pourquoi ne pas y faire face au risque d’être soi-même atteinte. Qui sait, en étant sain d’esprit, il en sortira peut-être une douce folie pour la patrie commune. Il faut bien rêver quand le désespoir est inéluctable…

Ernst Jean Poitevien

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