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Blocage inextricable et malsain


Les lieux communs de l'analyse politique

Drapeau, le bicolore haïtienSi on est contre Sweet Micky, cela implique-t-il automatiquement que l'on soit pro Lavalas? Ne pas vouloir le renvoi de Sweet Micky pour éviter que Lavalas prenne le pouvoir, est-ce une bonne décision? Entre le pire et le mauvais c'est encore le mal. On n'a pas à choisir entre deux maux. Rester immobile pour ne pas faire le jeu de Lavalas est une approche qui dénote une peur obsidionale et l'incapacité de pensée du neuf. C'est même de l'enfantillage. C’est ainsi que je posais l’équation d’après mes observations d’alors. L’apocalypse appréhendée ne s’est pas concrétisée et on dirait même qu’il n’y a jamais eu de crise en perspective. Aujourd’hui, j’aurais formulé autrement ce carcan psychique. Cette constante de l’histoire haïtienne depuis l’indépendance est trop récurrente pour ne pas en tenir compte. Ce plaisir morbide à s’autodétruire est cette pathologie qu’on pourrait désigner de syndrome de la chaise vide : le fauteuil présidentiel étant le lieu par excellence de concussion, de népotisme, de rapine des deniers publics, puisque notre intellect a été éduqué pour tout s’offrir sans couler une goutte de sueur, par la formation d’une kleptocratie.

J’ajoutais que pour dépasser ce dilemme, il fallait exiger des partis d'opposition un agenda avec un calendrier clairs de la transition après le départ du pouvoir tèt kale. C’était déjà croire qu’il y aurait inexorablement du grabuge en ce début de l’année 2014. Je renchérissais que des leaders d'associations diverses pouvaient poser cette condition sine qua non à l'opposition en étant actifs dans le débat politique. J’avais donc omis de prendre en compte l’agrégat social, économique et politique de la société haïtienne. Autrement dit, j’ai induit qu’il y aurait une société civile réelle en Haïti.  Je persistais inconsciemment à me fourvoyer dans mon analyse de la crise annoncée en déduisant une contradiction conceptuelle qui faisait de la population le catalyseur à travers des mouvements associatifs. En conséquence, suivant cette conception biaisée, les masses ne devraient pas suivre les leaders comme des moutons de Panurge.Cela étant dit, Il faudrait qu'elles formulent ces revendications de façon articulée(d’où proviendrait cette articulation des revendications sans mouvements associatifs?). Persistant dans la contradiction conceptuelle, je concluais que les leaders communautaires, régionaux ou associatifs avaient un rôle de premier plan à jouer.

Repenser l'approche de l'analyse de la crise haïtienne 


L'expression du blocage intellectuel
Blocage intellectuel
L’erreur commise, et ces erreurs sont monnaies courantes dans l’analyse politique des intellectuels haïtiens, c’est d’avoir usé d’une notion, dans le cas d’Haïti, floue, qu’est la société civile.  Autrement dit, toute notion constitue un brouillard qui diminue notre visibilité de la réalité. Les conséquences, on arrive inconsciemment à des quiproquos, le plus souvent, néfastes. Les paralogismes, tels le syllogisme, l’historicisme, etc. nous font le plus souvent frapper un mur. Comme les considérations des analyses autour de l’élection du 29 novembre 1987 ou la référence trop souvent au pacte de Santiago qui a mis fin à la crise électorale en République dominicaine sans tenir compte des facteurs sociaux, économiques, politiques et historique de l’entité politique en question. En ce sens, l’expression comparaison n’est pas raison décrit bien mon propos. Ces leaders, dont je parlais ci-haut, ne sont qu’une pure vue de l’esprit. Ils n’existent pas car les conditions(économiques, sociales et politiques) inhérentes à leur émergence étant absentes, ils deviennent pure production de l’intellect.

ensemble, l'union fait la forceDe toute façon, disais-je, la force centrifuge( l’opposition qui  ramait à contre-courant du pouvoir et vice versa) qui catapulterait le pays au désarroi serait incontournable. Le deuxième lundi de janvier(2014), la perspective, suivant la constitution soi-disant amendée, que toute vacance présidentielle devrait être comblée par le Premier ministre, en l'occurrence Laurent Lamothe, et le processus électoral vicié à la base, ne laisserait aucun doute sur le choc brutal des forces antagoniques(sont-elles vraiment irréconciliables?) durant le mois de janvier 2014. Lamothe aurait été vu comme une subterfuge aux yeux de l’opposition pour que Martelly survive à son présumé renversement. Bien sûr, si, d'ici là, les choses n’eussent dégénérées d'avance. L’éventualité d’une telle possibilité constituait l’une des contingences parties des prédicats biaisés de mon appareillage conceptuel. On connait la suite avec l’église catholique se proposant comme médiatrice par la mise sur pied des négociations de El Rancho a permis de repousser cette échéance à une date ultérieure. Il serait sans équivoque, dans tout pays normal, que la crise politique, provoquée par Martelly, par ses prises de position et ses actes répréhensibles, qui dure depuis trois ans, auraient déjà soulevé l'ire des secteurs organisés de cette société. Il faut croire que l'aggravation des problèmes économiques, sociaux ne concernent pas grand monde. Cela dénote de façon flagrante qu’il n’y a aucun investisseur sérieux dans le pays, car il aurait été ruiné. Pour cela, il ne serait pas exagéré de dire que l’économie est essentiellement une économie de débrouillardise, de mercenariat.

Éviter de prendre ses émotions pour de l'analyse

Il ne faudrait pas être dupe(étant donné que les conditions objectives n’y sont pas). Dans cette optique donc, une chose ne peut pas exister sans son contraire. Martelly et l’opposition radicale, dirions-nous aujourd’hui, sont l’avers et le revers d’une même médaille. Quelques figures de cette opposition ont longtemps collaboré avec Martelly, dont des membres influents de Lavalas en la personne de John Joël Joseph et celle du ministre de la culture Mario Dupuy, pour ne citer que ceux-ci. Quant à Moise Jean Charles, son opposition à Martelly a un caractère purement personnel mais non idéologique, car aussi bien lors de la présentation de la politique générale de Gary Conille que celle de Laurent Lamothe, il négociait son vote contre leur appui. Il y a aussi l’inélégance de Martelly à son égard au début du mandat de ce dernier lors d’une rencontre informelle au palais national. La politique de la terre brulée portait déjà en elle les germes de cette cacophonie des genres par le processus vicié des dernières élections : un galimatias inextricable préparé à la sauce de Préval dans lequel l’Internationale a pataugé jusqu’à donné un mélange indigeste dans un corps social en pleine décomposition avancée. L’OEA(Organisation des États Américains), par des calculs statistiques savants, a fait passé Jude Célestin, le dauphin de Préval, de la première, suite au premier tout, à la troisième place, et Martelly, loin derrière, est catapulté en deuxième position après Mirlande Manigat. La mascarade avait atteint l’apogée de l’absurdité. Préval a dû s’avouer vaincu en échange du monopole des élus au Parlement.


Le sursis de l’échéancier n’a pas résout la crise pour autant. L’entente de El Rancho est en veilleuse. On revient au point de départ. La logique de la crise doit être mise dans la compréhension globale de la crise haïtienne depuis plus de deux cents. Plus les années passent, plus le pourrissement des conditions matérielles et spirituelles se décomposent. Ainsi, le socle, l’assise de la nation dépérisse. C’est une loi de l’entropie sociale : rendu au point où tous les indicateurs(sociaux, économiques, politiques) sont réduits à une peau de chagrin, le corps social devient inerte. Le sursaut qu’on aurait pu espérer se perd dans les calendes grecs. Notre amour viscéral de ce pays, pour reprendre Georges Anglade, peut nous faire espérer au-delà de tout espérance. Pour reprendre encore Anglade, à la suite de Gramsci, dans le cas d’Haïti, pour oser espérer un sursaut, il faut cultiver le pessimisme de l’intelligence et l’optimisme de la volonté. J’ajouterai qu’il faut construire un nouveau paradigme(modèle), créer une rupture épistémologique(mode de pensée et praxis). Notre système d’éducation est longtemps dépassé; notre curriculum scolaire qui serait à contempler au musée des Antiquités est encore opérationnel. Comment résoudre des problèmes tout neufs avec des outils archaïques? Y persister, ce n’est que de la folie furieuse. Notre psychique doit être malade au point de perdre tout contact avec le réel.

Nouvel angle d'approche de la réalité

La primauté de la politique sur toutes les activités du pays n’est qu’une partie de ce mal. L'économique, le social et le politique ne sont en aucun cas organiquement lié comme dans des pays organisés. Ils fonctionnent en tout autonomie. Peu de gens sont conscients des impacts économiques et sociaux sur le pays. Et quand bien même ils eussent été conscients, ils sont absorbés par le milieu ambiant sachant que le qui-vive dans ce pays est une seconde nature. Il aurait fallu qu’il y eût une production économique de type capitaliste, avec des entreprises produisant pour l’économie mondiale, pour qu’il y eût de personnes dépendant pour leur gagne-pain de ces activités, cela aurait pu créer un sentiment d’urgence en la demeure. Pire, le pays est vidé de toute substance : pas de production, pas de morale, pas de sentiment de révolte; la honte a fait place à la résignation; l’impuissance et l’infertilité intellectuelle devient pathogène. Quand on sait que le pays vit sous l’assistance internationale, la passivité exemplaire généralisé témoigne de l’insouciance généralisée. L'exécutif qui proclame à cor et à cri que Haïti Is open for business ne se soucie pas davantage de la perturbation des institutions et le climat politique. Au contraire, il provoque les crises à souhait. Martelly prend un vilain plaisir à créer un évènement à chaque semaine. Comme il l'avait dit, lors de l'investiture de Gary Conille, qu'il allait fournir des occasions à La Presse pour en parler de lui tout le long de son mandat. Sur ce point, il a respecté à la lettre ses promesses. La contradiction de ces propos avec la diplomatie des affaires de Lamothe m’avait bien fait comprendre qu’il parlait le langage du marronnage : dire une chose et faire complètement le contraire.

Arriver à surmonter la vision idyllique de la crise

Devant cette énième crise qui n’est qu’une infime partie de la crise générale, il faut avoir le mal courage de dire les choses sans tourner la langue plusieurs fois. Faire plaisir à l’opposition ou à Martelly est le cadet de mes soucis. Ne dépendant en rien matériellement et spirituellement ni de l’une ni de l’autre, seule ma compréhension de la problématique haïtienne me guide dans mes prises de position. Elles s’assoient sous des bases théoriques et de réflexions qui ont muri depuis un très long temps. Sans les prendre pour la vérité, elles ne sont cependant pas de la frivolité d’un esprit vagabond qui émettent des idées sans un travail de recherche acceptable. Pour évoluer, il faut accepter d’être dépassé par les générations futures, il faut construire une nouvelle conception, enfin il faut faire table rase de notre système d’éducation qui nous empêche d’être des hommes et des femmes qui doivent faire face à la problématique contemporaine avec des outils modernes.

Monument historique de Vertières, lieux de la victoire décisive sur les troupes napoléonnieneC'est dans ce contexte que la conjoncture nous impose un choix apparemment difficile mais, au fond, relativement pas si difficile que ça si on sait trouver d'autres voies de sortie de la crise. Pour ne plus se laisser l'Internationale nous imposer son diktat, nous devrons agir en personnes responsables. Ce qui n'est pas le cas depuis très longtemps. La seule voie de sortie, c'est de s'impliquer en obviant le cours naturel de l'histoire nationale depuis deux cents ans. C'est un sacrifice qu'il faut s'imposer à son corps défendant. En conséquence, les citoyens doivent s'organiser et proposer un cahier de charge articulé autour d'un certain nombre de priorités, quitte à faire appel aux ressources des ONG ou de la diaspora, car il faut refuser la folie meurtrière des révoltes mafiosiques où les opposants d’aujourd’hui disputent la caisse de l’aide internationale aux tenants du pouvoir d’aujourd’hui, les voleurs en selle : la transition donc doit avoir pour unique objectif un programme minimum pour les vingt-cinq prochaines, dont l'environnement, l'agriculture et l'éducation, seront les trois piliers de la maison nationale...

Ernst Jean Poitevien

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